Les Olivades

Les contrats entre agriculteurs et consommateurs

Table ronde

Le point de vue du consommateur.

Ce nouveau mode de distribution a fait naître, au niveau des consommateurs, un néologisme : « Amapien » et une locution nouvelle « Etre au panier » …

Des conversations informelles avec les Amapiens, à l’occasion des distributions ou des Assemblées Générales des associations (pour chaque AMAP les consommateurs sont regroupés en associations), émergent un certain nombre de commentaires récurrents.

  1. Contrairement à ce qu’ils craignaient en adhérant, le fait de devoir chercher un panier à date et heures fixes ne représente pas une contrainte. Au contraire, ils disent mieux s’organiser et, au total, consacrer moins de temps à « faire les courses » (et souvent aller beaucoup moins au super marché...). Et surtout, tous soulignent que ce moment est un moment joyeux : ils sont heureux de rencontrer le producteur, heureux d’échanger avec les autres Amapiens.
  2. Contrairement aussi à leurs craintes, le fait d’avoir des fruits et des légumes « imposés » n’est pas non plus pénalisant. Beaucoup disent avoir l’impression d’avoir un jardin (le travail en moins !) et de manger ce qu’il leur fournit. Et ceci leur impose de faire travailler leur imagination quant à la composition des menus et à l’élaboration de certains plats. Il faut faire avec ce qu’on a, qualitativement et quantitativement. Que faire, par exemple, en début de saison, avec une seule aubergine pour une famille (mais il y a beaucoup d’autres légumes par ailleurs  dans le panier ! ) ? : par exemple, la mélanger à des pâtes, avec des herbes, épices ou aromates, ce qu’ils n’avaient jamais fait auparavant …
  3. De même, le fait d’avoir en une fois les produits frais pour la semaine nécessite une réflexion quant à leur « gestion » : conservation, utilisation en cru ou cuit, type de recette, etc…
  4. La plupart disent manger beaucoup plus de légumes frais qu’auparavant, puisqu’ils les ont ! (ceux pour lesquels ce n’est pas le cas en mangeaient déjà beaucoup …). Alors qu’auparavant, ils en achetaient beaucoup moins, « par facilité » ou parce qu’ils étaient déçus de la qualité ou du rapport qualité-prix. Ceci est assorti à une petite contrainte de temps (bien acceptée) lors de la préparation, par rapport aux conserves, aux plats préparés, à la viande ou à la charcuterie, à certains féculents.
  5. La plupart aussi disent cuisiner davantage et aussi être plus inventifs en cuisine (quand ils n’expérimentent pas les recettes jointes à la lettre). En pratique, il s’agit maintenant d’élaborer les menus à partir de la base de légumes proposée (que cuisiner avec ?) alors qu’auparavant il s’agissait de trouver avec quels légumes accompagner ce qui constituait alors la base du repas (viande, poisson, pâtes, …).
  6. Presque tous les parents disent que leurs enfants mangent beaucoup plus de fruits et de légumes qu’auparavant : parce qu’ils sont meilleurs, parce qu’ils connaissent la ferme et les fermiers ou parce qu’ils participent au remplissage du panier.
  7. Enfin, tous ont pleinement conscience d’être devenus des « consomm’acteurs » : au quotidien et en privé (résistance à la pression des grands circuits de distribution, temps consacré à la préparation des repas, exigence quant à la qualité, …) comme au niveau citoyen (conscience de contribuer à la structuration de la société, des territoires et de la cité, grâce à la promotion de nouveaux modes de distribution, à la pérennisation de certaines pratiques agricoles, et à la préservation de terres fertiles en zones péri-urbaines).

Pour affiner cela, un questionnaire a été distribué dans deux AMAP (soit en tout 280 consommateurs) et 70 réponses sont parvenues à ce jour.

Le questionnaire portait sur les motifs de l’adhésion, les changements d’habitudes alimentaires et de consommation, les enfants, ainsi qu’une « expression libre ».

Motifs de l’adhésion

La quasi-totalité (68 sur 70) a coché le « Maintien de l’agriculture de proximité ». On peut se demander si un tel taux de réponses positives aurait été obtenu si cet item n’avait pas été présenté en premier dans la liste des réponses possibles, ou s’il serait ressorti dans « Autres » s’il n’avait pas été énoncé. Quoiqu’il en soit, les Amapiens sont maintenant convaincus de la nécessité de pérenniser ce type d’agriculture et sont près à se mobiliser pour le défendre.

Les items « Santé » et « Environnement » sont également plébiscités : 62 pour la santé, 58 pour l’environnement. L’item « Social » (peu précis en fait !) est coché 23 fois.

Dans la case ouverte « Autres motifs » sont mentionnés : qualité et saveur ; produits « sains », non traités ; confiance, connaissance du producteur ; maintien du paysage rural et de la qualité du terroir, pérennisation du savoir et du travail des générations précédentes ; lutte contre l’agriculture productiviste, citoyenneté, prise en main du quotidien ; …

Changements d’habitudes alimentaires et de consommation

Plus du quart des réponses signalent une plus grande consommation de légumes, avec souvent plus de variété et de saisonnalité et plus de temps consacré à la cuisine, et aussi plus de céréales et légumineuses en association avec les légumes et moins de viande. Même pourcentage pour ceux qui disent fréquenter moins souvent la grande distribution (les autres étant souvent déjà des habitués des marchés et de la vente directe) et surtout qui signalent moins d’achats inutiles et de « choses à grignoter »…

Les enfants

Environ le tiers n’ont pas d’enfants ou plus d’enfants à la maison. Presque tous les enfants mangent davantage de légumes, un peu moins davantage de fruits. La moitié des enfants mangent volontiers les légumes qu’ils refusaient auparavant, presque tous acceptent volontiers les « nouveaux » légumes du panier.

« Vécu » et « Expression libre »

Ces espaces ouverts ont été utilisés par plus de 80% des répondants.

Reviennent le plus souvent : la qualité gustative, sanitaire et nutritionnelle ; la conscience de contribuer à la préservation de l’environnement et à la qualité de vie des générations futures ; une prise de conscience des réalités et des problèmes du monde agricole, avec un nouveau rapport à la ruralité ; également, un nouveau rapport à l’approvisionnement (moins de temps et plus de plaisir à « faire les courses ») ; la convivialité et la solidarité, la responsabilité.

Beaucoup disent également avoir acquis ou retrouvé une plus grande finesse dans la perception des saveurs, être devenus plus exigeants quant à la qualité des aliments en général (et pas seulement des fruits et des légumes), et avoir retrouvé le rythme des saisons…

Enfin, il est frappant de voir revenir régulièrement des mots tels que « plaisir », « heureux », « ravi », et surtout « bonheur », … : les Amapiens sont des consommateurs heureux et souhaitent le rester !

Nous envisageons de proposer ce questionnaire, remanié pour une exploitation plus affinée, à l’ensemble des AMAP de la Région PACA, soit environ 2500 foyers.

Conclusion

Enfin, si ce consommateur est en outre nutritionniste, il (ou elle !) ne pourra que constater que ce mode de consommation est facteur de préservation de la santé, physique et mentale, des générations actuelles et futures :

Danielle COSTE.
G .E .R .M .E .S.
Chemin de Martelène.
13011 Marseille.
Tel: 04 91 43 15 58
Mel : GERMES@wanadoo.fr

Organisateur de l’Université d’Eté de la Nutrition :

Christian Rémésy, chercheur à l’Institut National de la Recherche Agronomique. Il a écrit des ouvrages sur les légumes et la santé. Son dernier livre : « Que mangerons-nous demain ? », aux éditions « Odile Jacob ».


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