Table ronde
Ce nouveau mode de distribution a fait naître, au niveau des consommateurs, un néologisme : « Amapien » et une locution nouvelle « Etre au panier » …
Des conversations informelles avec les Amapiens, à l’occasion des distributions ou des Assemblées Générales des associations (pour chaque AMAP les consommateurs sont regroupés en associations), émergent un certain nombre de commentaires récurrents.
Pour affiner cela, un questionnaire a été distribué dans deux AMAP (soit en tout 280 consommateurs) et 70 réponses sont parvenues à ce jour.
Le questionnaire portait sur les motifs de l’adhésion, les changements d’habitudes alimentaires et de consommation, les enfants, ainsi qu’une « expression libre ».
La quasi-totalité (68 sur 70) a coché le « Maintien de l’agriculture de proximité ». On peut se demander si un tel taux de réponses positives aurait été obtenu si cet item n’avait pas été présenté en premier dans la liste des réponses possibles, ou s’il serait ressorti dans « Autres » s’il n’avait pas été énoncé. Quoiqu’il en soit, les Amapiens sont maintenant convaincus de la nécessité de pérenniser ce type d’agriculture et sont près à se mobiliser pour le défendre.
Les items « Santé » et « Environnement » sont également plébiscités : 62 pour la santé, 58 pour l’environnement. L’item « Social » (peu précis en fait !) est coché 23 fois.
Dans la case ouverte « Autres motifs » sont mentionnés : qualité et saveur ; produits « sains », non traités ; confiance, connaissance du producteur ; maintien du paysage rural et de la qualité du terroir, pérennisation du savoir et du travail des générations précédentes ; lutte contre l’agriculture productiviste, citoyenneté, prise en main du quotidien ; …
Plus du quart des réponses signalent une plus grande consommation de légumes, avec souvent plus de variété et de saisonnalité et plus de temps consacré à la cuisine, et aussi plus de céréales et légumineuses en association avec les légumes et moins de viande. Même pourcentage pour ceux qui disent fréquenter moins souvent la grande distribution (les autres étant souvent déjà des habitués des marchés et de la vente directe) et surtout qui signalent moins d’achats inutiles et de « choses à grignoter »…
Environ le tiers n’ont pas d’enfants ou plus d’enfants à la maison. Presque tous les enfants mangent davantage de légumes, un peu moins davantage de fruits. La moitié des enfants mangent volontiers les légumes qu’ils refusaient auparavant, presque tous acceptent volontiers les « nouveaux » légumes du panier.
Ces espaces ouverts ont été utilisés par plus de 80% des répondants.
Reviennent le plus souvent : la qualité gustative, sanitaire et nutritionnelle ; la conscience de contribuer à la préservation de l’environnement et à la qualité de vie des générations futures ; une prise de conscience des réalités et des problèmes du monde agricole, avec un nouveau rapport à la ruralité ; également, un nouveau rapport à l’approvisionnement (moins de temps et plus de plaisir à « faire les courses ») ; la convivialité et la solidarité, la responsabilité.
Beaucoup disent également avoir acquis ou retrouvé une plus grande finesse dans la perception des saveurs, être devenus plus exigeants quant à la qualité des aliments en général (et pas seulement des fruits et des légumes), et avoir retrouvé le rythme des saisons…
Enfin, il est frappant de voir revenir régulièrement des mots tels que « plaisir », « heureux », « ravi », et surtout « bonheur », … : les Amapiens sont des consommateurs heureux et souhaitent le rester !
Nous envisageons de proposer ce questionnaire, remanié pour une exploitation plus affinée, à l’ensemble des AMAP de la Région PACA, soit environ 2500 foyers.
Enfin, si ce consommateur est en outre nutritionniste, il (ou elle !) ne pourra que constater que ce mode de consommation est facteur de préservation de la santé, physique et mentale, des générations actuelles et futures :
Organisateur de l’Université d’Eté de la Nutrition :
Christian Rémésy, chercheur à l’Institut National de la Recherche Agronomique. Il a écrit des ouvrages sur les légumes et la santé. Son dernier livre : « Que mangerons-nous demain ? », aux éditions « Odile Jacob ».
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