Les Olivades

Article paru dans « Le Courrier de Ouest », le 6 mars 2008

Les « voisins de paniers » unis pour maintenir une agriculture paysanne, durable, équitable

C'est une nouvelle façon d'acheter les produits de la terre et un nouveau type de relation entre le producteur et le consommateur. En deux ans, douze AMAP, associations pour le maintien d'une agriculture paysanne, se sont constituées en Maine-et-Loire.

En 2001, Denise et Daniel Vuillon créaient la première AMAP de France, à Ollioules, dans la banlieue de Toulon. En 2005, ils aidaient au lancement de la première AMAP de Maine-et-Loire : Les Goganes à Vihiers. Lundi, les époux Vuillon étaient de retour en Anjou pour voir si la petite graine avait bien poussé. En quelques années, les AMAP ont essaimé dans toute la France. Il en existe déjà un millier dans le pays, et douze en Maine-et-Loire.

Essaimage

À l'image des « Voisins de paniers », en cours de constitution à La Membrolle-sur-Longuenée, ces associations ont réinventé la solidarité et le commerce équitable. « Ce ne sont ni des associations de consommateurs ni des associations de producteurs, mais des associations réunissant les deux parties par des liens très forts », explique Dominique Baudouin, institutrice au Plessis-Grammoire et présidente d'une Goutte d'eau, qui ne demande qu'à déborder. « Nous pratiquons la stratégie de l'essaimage », dit-elle. « De fait, cette AMAP est la fille des Coganes », précise Francine Freulon, institutrice retraitée.

« C'est de l'économie solidaire », commente Jean Cartron, informaticien et président des Goganes. « Moi, mes légumes, je les ai payés il y a six mois » (N.D.L.R. : les chèques sont débités mois par mois). Avantage pour le pro­ducteur : il sait qu'il va écouler ce qu'il met en culture. « Si je suis victime d'une grosse catastrophe, ça m'aide à repartir. Et si j'ai bien réussi, le panier fera un kilo et demi au lieu d'un kilo », témoigne Stéphane Arsène, tout juste installé à Villevêque.

Un panier

Partenariat

Pain, légumes, lait, viande, volailles, miel, pommes : Dominique Baudouin se fournit chaque semaine chez François Touchet, producteur de viande bovine à Brain-sur-l'Authion. La Goutte d'eau, qui regroupe huit agriculteurs, propose neuf produits de base. « Ne manquent que les œufs, mais j'ai des poules », confie la présidente. Côté consommateurs, ils sont une quarantaine d'abonnés au panier hebdomadaire, et près d'une centaine au panier mensuel.

Chez un producteur en Anjou

Au rythme d'une bête par mois, François Touchet écoule 20 % de sa production par l'association, sur un total de 60 % en vente directe. « Nous sommes des partenaires des agriculteurs », expliquent Dominique Baudouin et Francine Freulon. « Quand on va chercher notre panier, on ne pense pas à la facture, mais au plaisir de rencontrer le producteur. Nous mettons un visage sur nos légumes ». Un plaisir largement partagé par des paysans : « C'est gratifiant d'entendre des compliments. On a besoin de reconnaissance ».

Denise et Daniel Vuillon avaient « tout essayé »

À Ollioules, dans la banlieue de Toulon, où ils produisent des fruits et légumes bio, Denise et Daniel Vuillon ont pour plus proche voisin un hypermarché Carrefour. « En matière d'agriculture, on a tout essayé », assurent-ils. Les marchés, le gros, le demi-gros, la vente aux hypermarchés, la vente directe et même la grande gastronomie :

Ils ont fini par trouver leur voie en 2001, en créant la première AMAP de France. « On a découvert le principe par hasard, par une de nos filles qui est architecte à Manhattan », explique Denise Vuillon. « Les Américains appellent ça "Comunity Supported Agriculture". Nous avons opté pour le "maintien d'une agriculture paysanne". Les Japonais avaient lancé la première expérience il y a quarante ans dans un objectif de sécurité alimentaire ».

Denise et Daniel Vuillon

60 variétés de tomates

L'AMAP des Olivades est spécialisée en fruits et légumes :

Brugnons, pêches, abricots, cerises, pommes et « toutes sortes de légumes : rien que pour les tomates, une soixantaine de variétés ! ». Après avoir été prof de maths et directeur de coopérative, Daniel Vuillon est revenu au métier de ses parents : maraîcher. Son épouse, infirmière, a opéré la même conversion : « J'ai préféré distribuer des aliments plutôt que des médicaments ».

Commerce équitable

200 partenaires amapiens se régalent des fruits et légumes des Olivades tout en faisant vivre le couple et ses salariés (de trois à cinq selon les saisons). « C'est du commerce équitable local », explique Daniel Vuillon. « Les familles paient le juste prix de la nourriture. C'est le système qui garantit au citoyen sa souveraineté alimentaire. La fonction du paysan est de nourrir les hommes localement, et ceci est valable dans le monde entier. Fruits d'une alliance entre le paysan et le consommateur, les AMAP luttent contre la mondialisation ».

Utilité publique

Dans leur commune du Var, les Vuillon seront bientôt les derniers des Mohicans. « Il y a dix. ans, il y avait encore 140 exploitations. Il n'y en a plus que cinq », témoigne Daniel. La nôtre fait l'objet d'une déclaration d'utilité publique pour le passage du tramway. Relayant les témoignages de nos partenaires, les commissaires enquêteurs ont proposé que te tramway passe sur le parking de Carrefour ! Est-ce que nous ne sommes pas d'utilité publique ? La nourriture est le premier service public, comme l'eau et l'air ». S'ils cédaient aux sirènes des promoteurs, Denise et Daniel pourraient faire de l'or. Mais qu'est-ce qu'on ferait des billets de banque ? Ça ne se mange pas - argumente Denise. - On gagne le Smic. « C'est un choix de vie », ajoute Daniel. « Nous sommes sûrs de nous, car nous avons une vision à long terme ».

« La chance » de l'Anjou

Une vision confirmée par les enquêtes effectuées auprès des consommateurs. « 37 % de la population serait intéressée par des systèmes alternatifs », assure Daniel Vuillon. C'est un potentiel considérable. Selon lui, le Maine-et-Loire a une carte importante à jouer : « Vous avez ici une chance extraordinaire avec la richesse et la diversité de vos productions. Conservez-la ».

Reste que le maintien d'une agriculture paysanne n'est pas un exercice d'amateur. « Quand on s'engage à remplir un panier après avoir reçu les moyens financiers de le faire, on y est obligé. Pour cela, il faut beaucoup de professionnalisme. C'est pourquoi nous proposons des expertises de ferme ».

Didier PAILLAT

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